La montagne

A l’aube d’un samedi matin d’automne, notre voiture file sur l’autoroute, puis entame une ascension par des routes sinueuses. Un week-end pour s’évader, pour sortir des rues bétonnées et de l’air pollué. Nous garons la voiture devant un chalet tout de bois vêtu. Deux jours loin du brouhaha incessant de la ville. On croit savoir ce qu’est le silence, mais c’est un leurre, on s’en aperçoit dans ce lieu où il prend toute sa dimension. Absence de bruit totale. C’en est presque effrayant. Nous, habituées au plein, voilà le vide. Une boulangerie, un tabac, une pharmacie, quelques maisons, une église dont son clocher rompt le silence chaque heure. Seule témoin du temps qui file, ici aussi, malgré la lenteur environnante. Ces quelques marques de civilisation sont encerclées par les pics écrasants des montagnes qui s’offrent à nous dans leur plus simple appareil. Elles sont à nues, bruts. Décembre les recouvrira de leur candide blancheur hivernale.

De ce week-end je retiendrai les longues balades emmitouflée dans mon manteau couleur feuille morte, le nez perdu dans ma grande écharpe doudou. Le vent frais qui se fraye toujours un chemin jusqu’aux rares parcelles de peau dénudées. Les joues rosies, les lèvres gercées. Mes bottines perdues dans la mer de feuilles rouges jonchant le sol, les arbres nus frissonnants au contact du vent, les forêts de sapins alternant avec de grandes étendues de plaines encore vertes. Contraste de lumières et de paysages. Végétal contre minéral. La pierre et l’arbre et nous dedans. L’infiniment petit parmi l’infiniment grand. Vertige de notre condition humaine. Si vulnérables face à ces immenses pics menaçants. 

De ce week-end je retiendrai aussi le fromage blanc caramel fleur de sel dégusté devant le feu de cheminée, la fondue savoyarde avec beaucoup trop de vin blanc, le petit déjeuner très gourmand. Mon moment préféré de la journée. Peut-être parce qu’il contraste avec la difficulté du réveil qui le précède. J’aime à penser que c’est une métaphore de la vie. Faite de nuances, de doux et de dur à la fois par alternances, par superpositions.

Ce week-end là, faisait partie du doux de la vie, de ces moments bonbon, qu’il faut savourer. Ne surtout pas les croquer mais les laisser fondre sur la langue pour que toute leur saveur se répande.

 

La gourmandise

L’autre jour au travail, on se remémorait les péchés capitaux. Des sept énoncés, le mien est définitivement et sans ambiguïté la gourmandise.

Quand je suis triste, je suis incapable d’avaler une miette, ma gorge se noue. La nourriture, la gourmandise, les sucreries sont reliées à tous mes moments de bonheur. Ils représentent mon ancrage dans le passé. Ils prennent la forme de tous mes souvenirs de famille.

Ils sont les grandes tablées familiales du dimanche autour du couscous de ma grand-mère, inlassablement suivies d’une sieste pour les hommes et d’une balade digestive dans la nature. Juste pouvoir se nourrir du bonheur d’être ensemble et regarder ce dimanche après-midi s’écouler lentement dans la chaleur familiale. Celle qui prend des allures de doudou contre lequel on se sait à l’abri de tous les dangers.

La gourmandise pour moi c’est cet immense placard en bois massif qui trônait dans le salon de ma mamie. Sa porte magique en bas à gauche, un tour de clé en guise de mot de passe qui ouvre sur la caverne à sucreries. Surprise de ce que l’on va trouver à l’intérieur : les boites d’haribo, de snickers, de kinder bueno, de petit prince, de malabar que l’on mange par 2 ou 3 jusqu’à se faire mal à la machoire. Ce paradis sous forme de placard. L’eden de ma gourmandise.

La nourriture, c’est encore les mercredis pizzas ou nuggets de poulet après la danse. Après l’effort le réconfort. Toutes ses marques, ses preuves d’amour ancrées en moi qui ont imprimé dans mon cerveau une nourriture amour, une nourriture don de soi et réconfort, une nourriture bonheur de mon enfance, tendresse de ma grand-mère, culture de ma famille, liens familiaux qui se tissent par l’estomac, qui se remémorent par les sens. L’odeur des croquants de ma grand-mère, de son Italie natale qu’elle nous fait visiter par les papilles. Ces plats qui n’ont le goût d’aucun autre, qui ont pour ingrédient secret la patience, l’amour, et l’innocence de l’enfance, celle de l’éducation du goût ou tout sera ensuite comparé à ces premières saveurs dégustées dans la chaleur du foyer et qu’on ne trouvera plus jamais.

Peut-être au delà du gout c’est cet amour et cette patience là qu’on ne trouvera plus. Cette douceur, ce lieu cocon empreint d’odeurs savoureuses et familières qui constituent l’essence et la base de notre vie, de notre socle. Celui sur lequel on va pouvoir grandir et se construire à loisir.

Peut-être que mon pêché est la gourmandise pour cette raison.

La leçon de piano

 

De 10h à 11h, un samedi sur deux c’est piano. Rendez-vous musical bimensuel. Amorce de week-end en musique. J’aime m’y rendre à pied. 45 minutes de marche d’un bon pas. Emmitouflée dans mon écharpe ou simplement vêtue d’un tee-shirt, sac à dos sur le dos. Je tourne à gauche de ma rue, passe devant le panneau « parc chien saucisse » qui m’évoque chaque fois l’image d’une meute de chiens courts sur pattes. N’y a-t-il que des chien saucisses dedans ? Quelques maitres à chiens l’ont-ils pris au premier degré ?

Mes pas raisonnent par intermittence avec le bruit du tram le long du boulevard Longchamps. C’est calme, silencieux. Quelques promeneurs de chiens ( interdits de parcs saucisses pour causes de chiens trop hauts sur pattes ? ), quelques trottinettes, vélos, skates. Je cueille sur mon passage les bribes de conversations, les petits détails insignifiants, rigolos, cocasses, bizarres. J’ouvre les yeux. Je tends l’oreille. Je saisis le moment. Mes sens sont aux aguets. Mes narines tressaillent au marché aux fleurs, l’air est embaumé d’un panaché de senteurs florales, puis Saladin et ses 1000 épices aux couleurs d’Orient me transportent de l’autre côté de la Méditerranée. Je continue en direction de la girafe des Réformées, bibliothèque de rue, culture à porter de main, pour quelques fois y glisser un livre ou deux. Au Vieux port, c’est son odeur de poisson iodée qui me saisit, pas vraiment agréable mais atypique, tellement symbolique de ma ville, de ses traditions qui perdurent.

De temps à autre, je prends le petit déjeuner cours Estienne d’Orves, en terrasse si le temps le permet. La vie se cueille dans le bonheur des moments simples, d’un chocolat qui fume et qui brûle la langue si on le boit trop vite, d’un jus d’orange pressé qui laisse des morceaux de pulpe dans la bouche et d’un pain au chocolat tout chaud que je dépiaute minutieusement pour qu’il ne me reste que les 2 barres de chocolat. Toujours garder le meilleur pour la fin.

Puis je reprends mon chemin. Cette fois c’est une ascension que j’entame jusqu’à cette enseigne rouge bien connue maintenant. Repère de mélomanes. Ça fuse à travers les portes offrant un concert improvisé. Pendant une heure mes doigts marchent sur le clavier à défaut de courir comme le souhaiterai ma prof avec son pas boitillant, sa peur frénétique que quelqu’un entre pendant la séance et son rire expressif quand une note dérape.

Une heure plus tard, je repars, de la musique plein la tête, et fait le chemin en sens inverse. Ca s’agite sour l’ombrière ; fanfares, départ de bateaux pour le Frioul. Marseille se réveille, vivante, vibrante. C’est elle qui m’ offre sa plus belle symphonie.

L’appartement

Voilà 3 ans que ces 42 m2, 6ème étage première porte à gauche en sortant de l’ascenseur sont le théâtre de ma vie de jeune adulte. L’après papa maman, l’envol de l’oiseau.

Cet espace bien à moi empreint de mon univers, mélange de bois clair et de blanc, contrasté par des touches diluées de couleur chaudes est le témoin de mes rêves et mes déceptions, de mes danses improvisées devant le miroir, des petits déjeuners au lit laissant des miettes qui grattent la nuit, de la bière pêche en été sur la terrasse, des siestes en diagonale du lit, des bouquins qui s’empilent sur la table de chevet, des nuits qui débutent avec le soleil après une nuit à danser légèrement enivré d’alcool mais surtout de musique.

De mes petits rituels que je cultive avec amour, de la vaisselle tous les matins, du frigo presque vide, du piano recouvert d’habits, du diffuseur d’huiles essentielles, de l’oreiller qui sent l’amande douce, des bougies qui s’éparpillent un peu partout, des placards qui ferment mal, des habits jonchant le sol en attente de la prochaine lessive, des plantes qui meurent à tour de rôle et sont remplacées avec acharnement par de nouvelles au même destin funeste, de tous les projets qui sont nés entre ces murs et que je sers fort contre mon cœur pour ne plus qu’ils s’échappent. Des angoisses, des nuits hachées, des coups de stylos sur la couette quand je travaille jusqu’à ce que la main brûle, des matins en musique ou en podcast, de la liberté de déambuler en tenue d’Eve dans toutes les pièces, des recettes végétariennes que je teste, des découvertes culinaires intéressantes et des ratées totales, des soirées à thèmes entre amis, des apéros sur la terrasse en été après un plongeon dans la piscine, des serviettes chlorées ou salées étendues un peu partout, des traces dans la baignoire dont je n’arrive jamais à venir tout à fait à bout, du lavabo qui se bouche un peu trop souvent, des nuits entières à refaire le monde avec Julia assise sur le canapé avec tisanes et petits gateaux, du maillot de piscine qui sèche sur le rebord de la baignoire, des chaussures jetées en vrac dans le placard, des vibrations du train qui souvent me bercent, des peurs nocturnes, des vérifications compulsives de porte fermée, du vent qui s’engouffre sur la terrasse et donne des allures de fin du monde lorsque les stores sont fermés.

Ces quatre pièces qui sentent le savon de Marseille et la lavande sont les spectatrices de ma transition vers mon vrai moi ,mon moi profond. Celui que j’apprends à  chérir jour après jour. Tous ces gestes habituels, ronron, douceur de mes habitudes qui s’ancrent dans mes sens. Toute une vie, tout un rituel, une empreinte quotidienne de ce que je sens déjà, marquera toujours mon esprit du souvenir indélébile de cette légèreté caractéristique de cette période si intense, si vibrante, si vraie de ma vie.

La solitude parfois, la liberté tout le temps.

Le bureau

Ma journée ressemble à une chanson. Elle a toujours le même refrain.

A 6h30 le réveil sonne, je dévore mon petit déjeuner, fais la vaisselle, lance une machine, prépare le repas du midi, me douche, pioche un peu aléatoirement un jean et un haut adaptés au temps et à ma météo intérieure, me maquille, me coiffe.

A 7h45, me voilà 6 étages plus bas pour une quarantaine de minutes pot d’échappement contre pare-chocs. Ligne horizontale en enfilade de solitudes matinales.

A 8h30 dans le meilleur des cas, mais très souvent 8h35 ou 40, ma Twingo rouge prend sa place habituelle pour une journée en porte à porte avec cette Peugeot blanche dont je ne sais toujours pas qui en est le propriétaire. Je, grimpe un étage, sors mon trousseau de clés, passe mon badge contre le boitier. Un bip retentit. Ce bip-là marque le début de la lente agonie qui m’attend. J’entre dans mon univers quotidien depuis 5 ans. Monde léthargique. Univers bicolore teinté de gris du sol au plafond avec quelques nuances de bordeaux. Vaste pièce qui m’accueille chaque jour mais dont les détails m’échappent. Tellement prévisible et immuable que je n’y prête plus attention. Je passe en mode automatique. Comédienne de ma propre vie je rejoue chaque jour le même scénario.

De mon épaule, je pousse la lourde porte coupe -feu. Ainsi commence mon défilé sur la moquette grise ou mon passage est salué par les mêmes gestes quotidiens. La journée se rythme au son des pas étouffés par cette moquette et des touches de clavier qui s’enfoncent frénétiquement. Chacun en tête à écran avec son ordinateur.

A 12h pile, je me dresse sur mes deux pieds tel un ressort et m’élance vers la cuisine. Mon estomac, lui, est ponctuel. Il gargouille d’ailleurs souvent depuis une bonne heure. Sur les deux frigos qui trônent, mon tupperware m’attend toujours dans le même. Sur les trois micro-ondes alignés, je le glisse toujours dans le second. Même table, mêmes compagnons de misère. Souvent les discours tournent en boucle. Tel un film dont j’aurai appris par cœur les répliques : Comment ça va ? Comme un lundi. Comment ça va ? Très bien c’est vendredi. Qu’as-tu fait ce week-end ? C’est pour quand les vacances ? Déjà ? Encore ? T’as bien de la chance. Rengaine interminable. On passe la majeure partie de notre vie ensemble dans ces 60m2 mais on dépasse rarement les banalités. On ne se connaît qu’en gris et bordeaux.

Dans ce lieu, le temps s’étire inlassablement. J’entends souvent dire que la vie passe trop vite. Dans ma vie, seuls les week-ends et les vacances semblent tomber dans des failles spatio-temporelles. En un claquement de doigt, un battement de cil. Il faut déjà les ouvrir sur le lundi matin. Mais entre ces murs, l’horloge se joue de moi, les minutes ne font plus 60 secondes. Je trompe l’ennui par des petits plaisirs, un collègue rigolo, des pauses café qui s’éternisent, l’observation de mes congénères. J’ai la chance d’être à une place stratégique dans cet open space impersonnel. Si je déploie le cou je deviens l’œil, Big Sister vous regarde, je peux tout observer. Si j’entre dans ma carapace plus personne ne me voit et je goute au plaisir de la solitude.

A 18h, je fais le même chemin que 9h plus tôt mais en sens inverse. Cette fois, pousser de mon épaule la grande porte coupe-feu est le geste symbolique de ma liberté, mon premier contact journalier avec l’air. Je me fais surprendre par les éléments, le vent, le soleil, la pluie ou le froid. Les couleurs explosent sous mes yeux. Toutes les nuances du ciel, le vert des arbres, le gris de la route me délivrent de mon monde bichromatique.

Le lever du soleil

5h 30, le réveil sonne. Une minute plus tard mes pieds entrent en contact avec le carrelage froid. Changement brutal de matière et de température. J’ai toujours trouvé les réveils qui s’éternisent d’une incroyable violence. Je suis de ceux qui préfèrent arracher le pansement d’un geste franc et net. Je file sous la douche, enfile mon maillot, un short et un tee-shirt, me brosse les dents, regroupe mes cheveux en un chignon flou. A 5h45, je fais bipper ma voiture et m’engouffre dedans. 10 minutes plus tard je retrouve Angé devant chez elle. Même allure de dodo encore tout chaud. Et nous voilà parties toutes les deux fendant la nuit. Nous avons rendez-vous à 6h52 exactement. Notre rencard est ponctuel, il ne nous attendra pas.

Nous roulons à vive allure dans cette ville, habituellement encombrée de voitures et de klaxons. Pour l’heure, elle dort encore. Nous arrivons à son extrémité, là où la mer et les rochers se côtoient une dernière fois avant de laisser l’étendue bleue voguer vers d’autres horizons.

Tels des explorateurs, nous sortons notre smartphone, transformé pour l’occasion en boussole. Notre rendez-vous avec le soleil a lieu dans moins d’une demi-heure. On veut le surprendre au saut du nuage. Le voir sortir doucement de son lit moelleux et cotonneux.

Mais voilà que l’aiguille de la boussole nous apprend que l’Est est caché par les pics menaçant d’une montagne. Le lever du soleil sur la belle bleue restera une utopie.

Est-ce que la capacité à rêver et à anticiper l’avenir vient sans arrêt entrer en contradiction avec ce qu’offre la réalité ?

Passée notre déception, nous trouvons un plateau au sommet d’une petite colline. Il est 7 heures. La journée nous appartient. Nous installons nos serviettes et faisons connaissance avec l’aube. C’est l’heure des joggeurs, des campeurs et des pêcheurs. Tout un monde qui nous est inconnu. Un monde caché, parallèle.

Un monde à découvrir, à contempler. L’aurore d’une nouvelle journée qui s’offre pleinement à nous. Un monde silencieux, excepté le bruit sourd de la mer qui ne dort jamais et qui danse son va et vient incessant.

A 10 heures, nous redescendons de notre sommet pour nous immerger dans la vie matinale, celle des bâillements et des cheveux ébouriffés et des traces de coussins sur la joue. Nous nous faufilons dans une boulangerie et sommes enveloppées par une odeur de croissant qui sort du four, éveil de la vie de village, ouvertures de volets, voisins qui se saluent.

Certes nous avons raté le lever du soleil mais c’est la vie qu’on prend au saut du lit.

Le chat

Je tourne la clé dans la serrure, ouvre la porte sur une odeur de litière sale qui me brûle les narines. Moka me regarde entrer d’un air suspicieux. Ses quelques neurones s’agitent afin de déterminer quelle attitude adopter. Doit-il être heureux de retrouver de la compagnie après 2 jours enfermé dans ses odeurs de défection ? Ou bien défendre son territoire contre l’inconnue qui foule ses terres ? Il choisit finalement la première option et m’accueille chez lui avec le plus courtois des miaulements.

Si j’étais un chien j’aurais sans doute levé la patte contre le mur du salon. Au lieu de quoi, Je fais de l’air dans la pièce, ouvre les volets, pose mes affaires. C’est ma manière d’apprivoiser les lieux.

Je constate avec joie qu’un désodorisant m’attend sur la table du salon. Il est accompagné d’un mot de la maitresse de Moka qui sachant très certainement de quoi l’intestin de la bête est capable a préféré laisser l’instrument qui rendra la visite supportable à mes narines.

Ce n’est pas le seul cadeau qui m’est destiné. Une part de gâteau pêche amande m’attend dans le four. Je m’installe dans un fauteuil en osier sur la terrasse pour le déguster. Les deux heures qui m’attendent sont dédiées à Moka. J’ai pour mission de lui tenir compagnie durant l’absence de sa maitresse. A la manière dont il fait des entrelacs entre mes jambes, j’en déduits que ma mission n’est pas vaine et que le félin manque d’affection. A moins que celui-ci pourvut d’un sixième sens ait compris que la réciproque est valable et peut-être, secrètement, s’est-il donné la même mission que moi. Quoi qu’il en soit, il prend sa tâche à cœur, recouvrant mes vêtements de boules de poils. Ainsi, je prends ma dose de ronron.

J’ai deux bonnes heures devant moi. Deux heures en suspens sans aucune autre perspective qu’un tête à tête avec un chat. Choisi sciemment comme unique divertissement de ma soirée, j’emploie mon temps, tel un reporter animalier, à observer le félin. Habituellement emportée dans la frénésie de la vie, ces deux heures en effraction dans un lieu inconnu sont deux heures que je vole au défilé incessant du temps.

Je vis au rythme du chat. Me pliant à tous ses caprices. Son hobby préféré consiste à grimper sur le meuble de la salle de bain afin de japper l’eau fraîche du robinet. Exercice de haut vol dans lequel je m’emploie à maitriser la pression de l’eau pour convenir aux exigences du matou.

Cette requête de plaisirs sommaires, ce contact silencieux me rappellent que les choses essentielles sont les plus simples.

Et lorsque le ciel dévoile sa palette ocre, m’indiquant que le soleil va se coucher, je décide d’en faire autant. Je vide la litière, ferme les volets, remet tout à sa place et repars dans la vie vibrante et trépidante.