Le voyage

Je n’ai jamais aimé l’avion. Au-delà du fait que j’en ai une peur bleue : je n’aime pas ses bruits, ses sensations, son enfermement et la perte de contrôle que je ressens lorsque je suis dedans. Ce qui me déplaît le plus c’est l’idée d’un engin qui s’élève au-dessus des nuages pour n’en ressortir que quelques heures plus tard et nous propulser dans un ailleurs, comme téléportés. C’est bien trop prompt pour moi qui aime le chemin tellement plus que la destination. Qui adore observer les évolutions, les transitions.

Moi, ce que j’aime ce sont les voyages en train. Le nez appuyé contre la fenêtre j’entre dans un état contemplatif. Je regarde défiler les paysages qui se transforment au gré des régions traversées. Ils prennent les reflets de leur milieu. J’aime le tableau impressionniste que confère la vitesse. Panaché de couleurs, impression fugitive, mobilité du temps et de l’espace. J’aime sentir que je quitte doucement la densité citadine pour pénétrer les grandes étendues, les champs à perte de vue, parsemés ça et là de vignes, de bottes de foin, de vaches qui broutent, et d’arbres rompant tout du long cette harmonie horizontale. J’aime les changements de temps comme vivre les quatre saisons. Le passage sous un nuage puis le retour au soleil qui joue à cache-cache avec les montagnes dans le lointain. Certaines recouvertes de blanc juste au sommet, même en plein cœur de l’été.

Et puis les gares, je les trouve romantiques. Son piano qui y trône ou amateurs et aguerris s’essaient à transformer des retrouvailles et des adieux en mélodie de la vie.

Mais ce que j’aime le plus, ce sont les voyages en voiture. Petite je rêvais tête appuyée contre la vitre. Quelquefois je l’ouvrais pour prendre une bouffée d’air frais et laisser mes cheveux flotter. Je n’aimais pas qu’on me parle. La voiture c’était le transport idéal de mon mental. Il voguait partout entre passé et futur. Un sandwich sur une aire d’autoroute et je laissais les vacances m’engloutir.

En grandissant, j’ai ajouté une nouvelle dimension au voyage. Celui d’aller sans destination. De s’assoir derrière le volant. De conduire sans autre but que l’envie d’un ailleurs, se laisser porter au gré de la vie et des envies. Des rencontres aussi. De raccourcir ou prolonger une escapade à ma guise. De ne pas forcer à entrer dans une chronologie préétablie, de lâcher le calendrier, oublier de le cocher. De s’ennuyer parfois aussi mais l’accepter.

De se laisser charmer par un village perché ou un cours d’eau en contrebas. De découvrir des villages morts sous la pluie. D’en faire un tour rapide et repartir à l’envie là où il y a de la vie.

De chercher un restaurant ouvert à 15 heures sans en trouver, tout habitués que l’on est de toujours pouvoir se sustenter. De finalement décider de se laisser guider par ses besoins primaires qui nous mènent parfois vers des trésors cachés.

C’est un peu comme la vie c’est accepter les surprises. Penser qu’un lieu va nous plaire, en être finalement déçu mais se laisser charmer par un inconnu, un inattendu.

C’est faire confiance à son instant, vivre au présent, écouter ses sensations.

C’est ne pas savoir répondre quand on me demande «où tu vas ? » Juste dire : « On verra pour l’instant je suis là ».