La tatie du Sud-Ouest

Deux à trois fois par an, nous avons la visite de cette tante venue du Sud-ouest de la France. Elle élit domicile chez mes parents pour trois, quatre voire cinq jours lorsque l’on est très chanceux. Elle arrive avec ses deux enfants qui se transforment doucement en adolescents. Une fille et un garçon à l’accent chantant.

Le jour J tout le monde attend. J’aime ce moment de latence comme suspendu dans le temps. Plus rien ne doit bouger. Nous, comme la maison, ne devons pas être froissés pour les invités. Et puis ça sonne à l’interphone. Enfin, la porte s’ouvre et elle entre comme un soleil les bras chargés de cagettes de fruits et légumes qui contiennent autant de vitamines que son sourire.

A peine le temps de poser tout son barda qu’elle ouvre grand ses bras et nous embrasse avec fracas. Elle annule en une étreinte les kilomètres qui nous séparent. Elle est expansive. Elle dit « je t’aime » comme elle respire. Elle touche, elle caresse, elle embrasse. Elle nous inonde en trois jours de tout son amour.

Depuis petite j’ai toujours vécu ses visites comme une vraie fête. Moi habituée au calme et à l’ordre d’une maison sans enfants, quelle joie de les voir débouler tous les trois et mettre la révolution. Le matelas qui trône dans la salle à manger, les jouets éparpillés. Et les grandes tablées, les invitations qui se succèdent pour rassembler la famille autour des pizzas, des crêpes ou quelques fois des deux parce que chez moi on ne fait jamais dans la demi-mesure.

On cultive nos rituels. Les petits déjeuners qui s’éternisent, le parc Borély avec la barbe-à-papa pour les enfants petits et grands, le restaurant chinois, les navettes de Saint Victor. Mais ce que j’aime par-dessus tout, ce sont les soirées confidences entre filles, blotties les unes contre les autres en tétris géant, un thé fumant, un plaid nous enrobant délicatement.

Alors elle raconte ses histoires de l’Ouest qui ont l’odeur des vignes et de la campagne. Et puis les mêmes discussions reviennent en boucle. Les souvenirs d’enfance qui ne m’appartiennent pas mais que je connais par cœur avec le temps. Ces moments où l’on se remémore les présents et surtout les absents. Ceux qui nous manquent tant.

Et puis, rapidement, trop rapidement… Il est déjà l’heure de charger le coffre de la voiture. Elle remballe ses valises et son sourire. Et nous délivre l’ultime câlin. Celui qui nous laisse son empreinte jusqu’à la prochaine étreinte. Puis la voiture s’éloigne emportant avec elle les coucous de trois petites mains qui roulent vers le lointain.

4 commentaires sur “La tatie du Sud-Ouest

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