Le dimanche soir

Lorsque j’étais petite, et ce des années durant, j’ai connu le très commun syndrome du blues du dimanche soir. Le 5 à 7 mélancolique. C’est fou comme les émotions, même les moins agréables peuvent être apaisantes lorsqu’elles façonnent nos habitudes. C’était presque rassurant ce dimanche soir brumeux, si familier. Dans mon agenda on aurait pu y lire à l’encre invisible : « ne pas oublier d’avoir le blues ». Et puis un jour j’ai manqué le rendez-vous, je lui ai posé un lapin. Ca m’a un peu déconcerté cette infidélité à ce vieil ami tout gris.

Le dimanche soir, après tout, comme tout autre moment de vie n’a que la signification que l’on veut bien lui attribuer. Je crois qu’un jour, j’ai simplement décidé de ne plus y être réticente, de ne plus le considérer comme une transition, une zone de sas entre la frénésie du samedi et le tourbillon du lundi, mais de l’accepter pour ce qu’il est. Quand on accepte les choses, qu’on ne leur offre plus une résistance acharnée, elles deviennent, je crois, plus douce à vivre.

Le désamour était terminé. Ce dimanche rance qui penche en déséquilibre entre deux jours fleuris de syllabes arrondis, j’ai appris à l’aimer. D’abord doucement, puis intensément. Il m’offre désormais toute son essence, sa singularité. J’aime sa lenteur. La manière dont il retient son souffle avant le grand chambardement du lundi.

Je le passe désormais très souvent les chevilles noyées dans les épis émeraude de cet écrin de verdure rebelle que j’aime tant. Là ou mes mains remuent la terre. La ou se cultivent des fruits, des fleurs et de l’amour. Qu’ils sont doux ces dimanches soirs de floraison, de connexion. Scène ouverte d’un vrai rassemblement d’idées. Ce lieu a le caractère et la personnalité des gens qui le façonne. Il est une zone de pleine expérience et d’exploration. De tomates gorgées d’eau, de concombres secs, de plantes prises pour des mauvaises herbes et arrachées. Il est le lieu des expérimentations. Il est désordonné. Il est libre. Il est comme le dimanche il ne répond à aucune règle. Il se fiche d’être un impair de terre au sein de ma semaine ordonnée et bétonnée.

A toi dimanche enchanteur.

Tu as pris ta revanche pour mon plus grand bonheur.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s