La timidité

A me voir de l’extérieur, on pourrait s’y tromper, croire qu’avec le temps j’ai appris à être une personne sociable, à l’aise en société. Il faut dire que les années d’observation de mes congénères m’ont permis petit à petit de décrypter les codes, les conversations à mener, les gestes à adopter. Je parviens désormais à donner l’illusion de l’aisance, bien que je garde enfouie en moi les vestiges de ma grande timidité. Du regard un peu fuyant, de ma posture qui trahit le malaise et de mes bras trop encombrants dont je ne sais que faire.

Quand on est profondément une fille discrète, secrète, aller à la rencontre de l’autre est un défi quotidien, une lutte de chaque instant contre sa nature. Mon défi du jour consistait à me rendre à cet anniversaire ou seule l’hôte m’était familier.

A 20h30 le cœur battant, je franchis le seuil de l’appartement. 6 personnes sont déjà présentes, amassées les unes contre les autres dans un fauteuil tellement moelleux que le tout forme une masse compacte. Electron libre, je vais devoir déployer toute mon énergie pour entrer en contact avec ce noyau.

Je ne suis pas à l’aise avec les présentations, les premiers mots qui parlent de soi. Lorsque l’on sait que dans le premier regard échangé et la première phrase prononcée se tiennent presque tout l’avenir d’une relation, comment ne pas ressentir une telle pression. Je ne sais jamais comment me définir, me résumer. Pour beaucoup, c’est la profession qui fait office de carte de visite. Cette profession qui pourtant est aux antipodes de qui je suis.

La première heure est difficile, j’observe, j’écoute plus que ne parle, j’apprivoise l’environnement. Et petit à petit, au fur et à mesure du retentissement de la sonnette, des bises qui claquent, la densité de la pièce augmente proportionnellement à mon aisance. Je jouis du privilège de l’anonymat, cachée, fondue dans la foule je peux ôter le masque. La pièce se charge d’une atmosphère musicale. Tam tam, guitare, chants. Il n’y a plus qu’à se laisser porter par la musique. Le malaise de ma position statique se libère dans le mouvement. Toute ma tension corporelle se décharge au rythme des percussions. Je ne suis plus l’électron libre d’alors. Je fais désormais partie de la masse mouvante, vibrant d’une même cadence sur des sons d’ici et d’ailleurs.

Je goûte alors, une nouvelle fois, à la magie de sortir des sentiers battues, la fierté et la confiance qu’on gagne toujours à s’écarter des chemins balisés par nos peurs.

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