Le temps d’un baiser

J’ai du mal à dormir, je me tourne et me retourne. Je cherche le sommeil à droite puis à gauche, sur le ventre et sur le dos. Sans succès. 12 dans une chambre ça fait beaucoup. Frottements de draps, ronflements, claquements de porte, raclements de gorge. L’orchestre joue sa symphonie toute la nuit et moi, yeux rivés au plafond, je désespère de ce concert raté. Mon voisin d’à côté, inconnu au bataillon, surement arrivé dans la nuit lors de mes rares heures d’assoupissements, laisse dépasser sa jambe de la couette. Une jambe fine et musclée à la fois. Au petit matin, j’apprends que la jambe appartient à un corps athlétique et un visage charmeur, des yeux en amande, un sourire expressif. La jambe parle espagnole et vient de Bolivie.

Il aime le foot, n’aime pas lire, ne regarde pas de films encore moins de films d’auteurs, mange de la viande en quantité astronomique. Nous avons bien peu de points communs. Son look, ses tatouages. Tout bouscule mes habitudes. Et pourtant… ça fonctionne instantanément. Son sourire franc, son regard intense. Mon cerveau reptilien, le plus archaïque, le plus animal, m’envoie des signaux forts.

Si je l’avais rencontré dans ma ville, je ne m’y serais jamais attardée. Mais ici dans cette chambre 112 de cette petite auberge Praguoise, les kilomètres qui nous séparent tendent à nous rapprocher. Loin de chez moi, mes frontières sont abolies. Le charme des voyages, celui d’ouvrir sa porte et son cœur, là, on les aurait, en temps normal, fermé à doubles tours. Je me sens en sécurité dans cette zone de lâcher prise, sans engagement.

Le soir après une journée de déambulation solitaire, on se retrouve en tête à tête allongés sur nos lits en face à face, à la lueur de nos lampes de chevet . Les 10 autres n’existent plus, pourtant le concert a repris. Mais nous sommes concentrés sur la partition que l’on joue à 4 mains et 2 bouches. On parle, on cherche les mots, on sourit, on se regarde. Quel meilleur traducteur que les yeux ? Langage universel de l’âme. Une seule nuit blanche de rencontre de nos deux mondes et me voilà dans l’avion de retour emportant le souvenir d’un simple baisé échangé au petit matin avant de se quitter. Un lèvres à lèvres léger et intense plein de promesses déjà envolées.

On s’écrit pendant deux semaines puis on oublie, puis on s’oublie. Ce n’était presque rien, pas grand-chose en tout cas. Assez pour avoir envie d’en écrire une page, pas assez pour la relire et imprimer ce chapitre dans ma vie. Dans quelque temps peut-être que son prénom m’aura échappé, alors je l’écris ici : Pedro.

Merci pour l’abolissement des frontières, pour le voyage en Bolivie, pour la frustration du trop peu, mais la certitude que le plus ne m’aurait pas convenu. Tu n’étais pas réel juste une jolie bulle Praguoise.

 

 

 

 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s