Le chat

Je tourne la clé dans la serrure, ouvre la porte sur une odeur de litière sale qui me brûle les narines. Moka me regarde entrer d’un air suspicieux. Ses quelques neurones s’agitent afin de déterminer quelle attitude adopter. Doit-il être heureux de retrouver de la compagnie après 2 jours enfermé dans ses odeurs de défection ? Ou bien défendre son territoire contre l’inconnue qui foule ses terres ? Il choisit finalement la première option et m’accueille chez lui avec le plus courtois des miaulements.

Si j’étais un chien j’aurais sans doute levé la patte contre le mur du salon. Au lieu de quoi, Je fais de l’air dans la pièce, ouvre les volets, pose mes affaires. C’est ma manière d’apprivoiser les lieux.

Je constate avec joie qu’un désodorisant m’attend sur la table du salon. Il est accompagné d’un mot de la maitresse de Moka qui sachant très certainement de quoi l’intestin de la bête est capable a préféré laisser l’instrument qui rendra la visite supportable à mes narines.

Ce n’est pas le seul cadeau qui m’est destiné. Une part de gâteau pêche amande m’attend dans le four. Je m’installe dans un fauteuil en osier sur la terrasse pour le déguster. Les deux heures qui m’attendent sont dédiées à Moka. J’ai pour mission de lui tenir compagnie durant l’absence de sa maitresse. A la manière dont il fait des entrelacs entre mes jambes, j’en déduits que ma mission n’est pas vaine et que le félin manque d’affection. A moins que celui-ci pourvut d’un sixième sens ait compris que la réciproque est valable et peut-être, secrètement, s’est-il donné la même mission que moi. Quoi qu’il en soit, il prend sa tâche à cœur, recouvrant mes vêtements de boules de poils. Ainsi, je prends ma dose de ronron.

J’ai deux bonnes heures devant moi. Deux heures en suspens sans aucune autre perspective qu’un tête à tête avec un chat. Choisi sciemment comme unique divertissement de ma soirée, j’emploie mon temps, tel un reporter animalier, à observer le félin. Habituellement emportée dans la frénésie de la vie, ces deux heures en effraction dans un lieu inconnu sont deux heures que je vole au défilé incessant du temps.

Je vis au rythme du chat. Me pliant à tous ses caprices. Son hobby préféré consiste à grimper sur le meuble de la salle de bain afin de japper l’eau fraîche du robinet. Exercice de haut vol dans lequel je m’emploie à maitriser la pression de l’eau pour convenir aux exigences du matou.

Cette requête de plaisirs sommaires, ce contact silencieux me rappellent que les choses essentielles sont les plus simples.

Et lorsque le ciel dévoile sa palette ocre, m’indiquant que le soleil va se coucher, je décide d’en faire autant. Je vide la litière, ferme les volets, remet tout à sa place et repars dans la vie vibrante et trépidante.

 

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